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Depuis 20 ans, POMME D’API s’est promené entre de nombreuses petites mains à travers le Québec et le Canada français. Des petites et des grandes, puisque si le magazine est adoré par les enfants, il sait aussi charmer les parents, enseignants, éducateurs, grands-parents, et tous ceux qui croient au plaisir des mots. Quelques témoignages suivent une entrevue avec Paule Brière, rédactrice en chef de POMME D’API, auteure de plus d’une quarantaine de livres et directrice de collection chez Bayard Canada Livres.
J'ai abonné ma fille à POMME D’API il y a 12 ans, et c'est avec bonheur que je retrouve ce magazine pour mes garçons depuis près de 2 ans. Les activités proposées par POMME D’API accompagnent nos petits déjeuners tous les matins, et les belles histoires font partie du rituel dodo presque tous les soirs. Merci et bravo à POMME D’API Québec! - Emmanuel Bilodeau, comédien
Entrevue
Bayard : Comment est né POMME D’API?
Paule Brière : Le tout premier POMME D’API est né en France au milieu des années 60, créé par des parents à la recherche de lectures accessibles et intéressantes pour leur fille ayant un handicap mental. L’éducation des enfants était alors en pleine ébullition, on commençait à proposer une idée révolutionnaire pour l’époque : l’enfant est une personne! Comme personne, cet enfant avait dorénavant droit à un magazine conçu spécialement pour accompagner sa découverte du monde.
J’ai eu la chance d’être parmi les premières petites personnes abonnées à ce nouveau magazine, grâce à un oncle curé qui gâtait ses neveux et nièces. Je n’avais que 5 ou 6 ans ; les souvenirs que j’en garde sont confus. Je ne me souviens pas vraiment des héros, des rubriques, des histoires, des images. Mais je n’ai pas oublié le plaisir de découvrir toute cette richesse mois après mois.
Bien des années plus tard, j’ai retrouvé dans une vente de garage de vieux POMME D’API mettant en vedette David et Marion, premiers héros de la bande dessinée d’ouverture. Ces lointains ancêtres de la toute nouvelle famille Noé ont réveillé en moi un écho ému. J’avais justement une petite fille de 3 ans à l’époque ; je l’ai bien sûr abonnée à son tour, pour lui offrir ce même plaisir et, d’une pierre deux coups, me l’offrir de nouveau à moi-même!
David et Marion avait cédé la place à Michou et Cachou, d’autres personnages avaient été créés, la présentation visuelle avait changé. L’essentiel était pourtant resté : la magie de textes et d’illustrations variés de grande qualité et qui savaient toujours parler si justement aux enfants, entre-temps devenus, plus que des personnes, des enfants rois!
J’ai alors appris que POMME D’API, qui venait encore de France, avait déjà quelques frères et sœurs ailleurs dans le monde, aussi près que les États-Unis, aussi loin que la Chine ! Mieux encore, on annonçait la création d’une version québécoise.
Bayard : Et comment est née cette version québécoise?
P.B. : C’est Jacqueline Kerguéno, orthophoniste française ayant créé puis dirigé le magazine J’AIME LIRE avant de devenir éditrice internationale chez Bayard, qui a porté ce projet par amour du Québec. Au fil des années, il s’est parfois trouvé, et se trouvera sans doute toujours, des collègues français pour douter de la pertinence d’une version québécoise de POMME D’API. Après tout, on parle français au Québec ! Bien sûr, mais notre environnement, nos saisons, nos fêtes, nos garderies et nos écoles ont bien peu en commun avec ceux de la France. Par ricochet, notre vocabulaire est souvent différent aussi, celui de nos enfants encore davantage. Jacqueline, elle, connaissait trop bien les spécificités de la culture québécoise pour douter. Elle savait que notre culture du magazine était plutôt nord-américaine, marqué par le « vite lu jetable après usage ». Elle misait sur l’évolution que l’effervescence de la littérature jeunesse québécoise promettait alors. La suite lui a donné raison, le nombre d’abonnés ayant décuplé depuis.
Mue par mon attachement pour POMME D’API et forte de mon activité en littérature jeunesse et en journalisme « famille », j’ai bien vite été tentée par l’aventure. Je n’ai pas vécu la naissance du POMME D’API québécois de l’intérieur, mais je l’ai adopté encore bébé et vu grandir depuis. J’ai vu Michou et Cachou céder la place à la populaire famille Choupignon, puis à 3, rue POMME D’API et c’est avec la famille Noé que j’initie maintenant mon premier petit-fils au magazine de mon enfance !
Bayard : Quels sont la mission et les objectifs de POMME D’API ? Est-ce que ça a changé en cours de route?
P. B. : Les rédactions de POMME D’API à travers le monde ont toutes comme mission première de faire découvrir le plaisir de lire aux enfants avant qu’ils soient confrontés aux difficultés de l’apprentissage de la lecture. Pour permettre cette découverte, il faut parler aux enfants de ce qui les touche, les préoccupe, les émerveille, les questionne, les inquiète, les intrigue, les émeut. Il faut parler leur langage. Ce langage évolue avec le temps et varie d’une culture à une autre. Pour rester fidèle à sa mission, toujours aussi pertinente et nécessaire, POMME D’API évolue au même rythme et s’adapte à chaque culture.
Bayard : En quoi consiste l’adaptation de POMME D’API?
P. B. : Toutes les autres versions de POMME D’API sont traduites, en espagnol et catalan, en néerlandais, en allemand, en finnois, en norvégien, en russe et en chinois. Ici, POMME D’API est adapté au français particulier du Québec. Ses petits héros fréquentent donc la garderie plutôt que la crèche. Ils ne dînent pas à 19 heures, mais à midi. Ils portent tuques et mitaines plutôt que bonnets et moufles. Ce ne sont là que quelques exemples du premier niveau d’adaptation, le plus évident, qui en cache d’autres, plus complexes.
Certains textes sont adaptés à la réalité des familles québécoises, où les parents sont moins souvent mariés, plus souvent en familles monoparentales ou recomposées, où les jeunes papas sont plus impliqués auprès de leurs enfants, où les familles nombreuses sont plus rares mais la diversité ethnique plus présente. Il faut alors changer plus que quelques mots.
Les différences saisonnières peuvent inciter à déplacer des numéros entiers. Un POMME D’API français qui célèbre le printemps en avril sera publié ici, comme dans tous les pays nordiques, en mai, alors que l’Espagne le préférera en mars. Les joyeux déguisements du carnaval de février seront adaptés ici en octobre pour l’Halloween. Le numéro qui célèbre la rentrée, publié en septembre tant au Québec qu’en France, se retrouve en août ou en octobre ailleurs, pour mieux suivre le calendrier scolaire.
Malgré ces nombreuses possibilités, l’adaptation a des limites. Pour que les petits québécois et canadiens-français trouvent des autobus scolaires et des boîtes à lunch, des ratons laveurs et des mouffettes, des valentins et des citrouilles d’Halloween, des bancs de neige et du verglas dans les pages de leur POMME D’API, il faut les créer ici. C’est ainsi que sont apparus notamment les devinettes, si appréciées des enfants, et plusieurs personnages, dont Pomme et Pépin. C’est ainsi que nous publions de plus en plus d’histoires imaginées par des auteurs et des illustrateurs d’ici. Le mandat de toutes ces créations est de refléter notre culture aussi souvent que nécessaire, sans faire systématiquement dans la couleur locale et tomber dans la caricature folklorique.
Bayard : À quoi peut-on s’attendre dans les années à venir?
P. B. : À des transformations sûrement, un magazine est en constante évolution, surtout un magazine pour enfants qui doit suivre leur rythme. Pourtant, en 20 ans, les enfants ont-ils tellement changé ? Comme rédactrice en chef de POMME D’API, j’ai suivi de près l’évolution de la famille, de l’éducation, de la littérature jeunesse au Québec et, d’un peu moins près, ailleurs dans le monde. De ce poste d’observation privilégié, il me semble que les bouleversements ont été bien plus grands entre mon enfance et celle de mes filles, alors que mes petits-enfants ne me paraissent pas bien différents de leur mère au même âge.
Lorsque j’étais abonnée à POMME D’API, ma mère était « reine du foyer », comme on disait. Au même âge, mes filles voyaient leur maman travailler, tout comme mes petits-enfants. J’ai eu la chance, rare pour l’époque, de fréquenter une maternelle. Mes filles sont allées à la garderie, mes petits-enfants y vont aussi. J’allais à l’école du quartier à pied avec mes camarades de classe. Mes filles ont fréquenté des écoles alternatives et à projet particulier assez éloignées de la maison pour devoir s’y rendre en vélo ou en voiture, toujours accompagnées de papa ou maman. Mes petits-enfants suivront sans doute le même chemin.
En fin de compte, depuis 20 ans, je ne vois que quelques évolutions vraiment importantes dans la vie des enfants : l’écologie, la technologie, l’ouverture au monde et à la parole des enfants. Les mots environnement, écolo et le vert symbolique n’existaient pas dans les POMME D’API de mon enfance ni dans ceux de mes filles, alors qu’ils sont et seront de plus en plus présents dans ceux de mes petits-enfants. Les voyages autour du monde de la famille Oukilé et la famille Noé bi-ethnique apportent des couleurs nouvelles au POMME D’API. Même si POMME D’API a toujours favorisé le développement du langage et de la communication parents-enfants, les discussions des P’tits philosophes auraient été trop révolutionnaires en 1990, carrément inconcevables dans les années 60!
Quant à la technologie, elle reste discrète dans les pages de POMME D’API. On préfère montrer un environnement « idéal » où les conversations ne sont pas interrompues par les téléphones et autres textos, où on prend le temps de lire et de s’amuser en famille plutôt que de laisser les enfants devant la télé pendant qu’on pianote sur notre ordi… Par contre, le web est devenu un partenaire privilégié du magazine, tant pour les enfants avec bayardkids.com que pour les parents avec bayardjeunesse.ca.
Mais une chose n’a pas changé en trois générations, et j’espère bien qu’elle ne changera jamais, c’est le plaisir qu’ont toujours les enfants de se faire lire une belle histoire, une bande dessinée ou un documentaire par maman, papa… ou grand-maman!
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