|
Du bleu garçon, du rose fillette. Des poupées aux cheveux longs, des camions pour gros bras. Stéréotype quand tu nous tiens! Que faire de notre demoiselle qui veut être un chevalier? Que dire à notre petite fille qui n’a d’yeux que pour les princesses? Des réponses de toutes les couleurs! *
Rosalie (3 ans) veut être un garçon. Comment dois-je réagir? David D’agostini, Lachenaie
C’est toujours surprenant quand notre jeune enfant déclare qu’il ou elle préférerait être du sexe opposé. Évidemment, à 3 ans, nous sommes loin des préoccupations de changement de sexe! C’est plutôt l’étape de l’identification sexuelle : les garçons et les filles sont différents, c’est un état permanent, je ne peux pas choisir, je suis l’un ou l’autre. Comment doit-on prendre, alors, cette remarque lancée par notre enfant? Doit-on l’ignorer, la prendre au sérieux, en discuter? Quelques pistes.
Pourquoi veut-elle être un garçon?
La première question à se poser, c’est : que veut dire être un garçon pour notre fille? Jeunes, les enfants ont tendance à généraliser un détail, à considérer un élément comme un tout. Peut-être a-t-elle enregistré que les garçons font pipi debout et que ça lui plairait bien de faire de même? Peut-être a-t-elle l’impression que certaines activités sont réservées aux garçons? Rejette-t-elle plutôt un stéréotype auquel elle se sent contrainte parce qu’elle est une fille? Il suffit parfois d’un commentaire qu’elle aurait mal compris pour qu’elle se construise une conception du monde bien à elle! Par exemple, si maman a les cheveux roux alors que papa a les cheveux blonds et le grand-frère aussi, une remarque à la garderie sur ses cheveux roux peut lui donner le goût d’être un garçon, c’est-à-dire comme les garçons qu’elle connaît.
Profitons de ce moment pour observer, fouiller, questionner et remettre en question nos conceptions de ce que sont un garçon et une fille. Quelle définition donnons-nous à ces deux notions? Comment s’actualise le fait d’être femme ou homme dans notre famille? Quels rôles nous sommes-nous donnés? Car c’est beaucoup de ces rôles que nos enfants s’inspirent pour identifier ce qu’ils doivent être en regard de leur sexe.
On intervient ou on laisse passer?
Ce genre de sentence lancée par notre enfant n’est pas dramatique. Pas besoin de se rendre chez le psychologue pour ça!
Par contre, tout prétexte pour discuter avec notre petit est bon à saisir! Utiliser ce questionnement pour mieux connaître ses goûts, ses besoins, pour l’amener à s’exprimer facilitera la communication, un facteur de protection pour un développement sain. Cela lui permet de comprendre que nous l’écoutons, que nous portons attention à elle, à son opinion, à ses désirs, bref, que nous acceptons ce qu’elle est et qu’elle nous intéresse.
La discussion nous permet aussi d’être attentifs à ce qui a déclenché son désir d’être un garçon. Ainsi, si jamais elle était victime des moqueries d’enfants de son entourage, si elle était mal à l’aise avec des rôles qui lui sont imposés, des tâches qu’elle n’aime pas ou si elle était victime d’abus, nous pourrions réagir rapidement.
Donner quelques informations sur les différences physiques et biologiques entre les garçons et les filles, écouter notre fille, l’aimer pour ce qu’elle est, sont des interventions appropriées à son besoin. Il serait bien inutile, voire néfaste, de considérer son « désir de changement de sexe » comme une réelle préoccupation. À trois ans, les enfants ne sont pas encore ancrés dans leur identité sexuelle : ils ne la comprennent pas encore. Ces remarques sont ponctuelles et parlent de leur besoin de comprendre beaucoup plus que d’un refus de ce qu’ils sont.
Laurie-Anne (5 ans) ne parle que d’être une princesse. Elle veut se maquiller, elle choisit des robes qui s’agencent avec ses collants et barrettes. Je suis féministe. Je ne comprends pas d’où ça lui vient. Ça m’irrite… Que dois-je faire par rapport à ça? Virginie Tétrault, Saint-Romuald
Certaines fillettes sont naturellement attirées vers les paillettes, le rose et les princesses. Comme d’autres préfèrent le vert et les oursons en peluche. On ne sait pas toujours pourquoi nos enfants ont les goûts ou la personnalité qu’ils ont.
Évidemment, lorsque l’on est soi-même féministe, d’autant plus si on tente de rejeter ces stéréotypes que l’on trouve aliénants, le malaise est inévitable! Comment rivaliser avec cette amie de la garderie qui montre fièrement ses poupées, sa nouvelle petite robe pleine de froufrous, ses chaussettes à l’effigie de princesses, ses barrettes à paillettes? Comment empêcher que les tantes et les amies offrent des jouets « pour filles » parce que c’est tellement mignon?
On pourrait accuser la société de mettre dans la tête de nos filles qu’elles doivent aimer le rose, les fées, les poupées et les princesses : il est vrai que beaucoup de messages, qu’ils proviennent de la publicité, des cadeaux offerts par l’entourage, des attentes, de la pression sociale (le besoin d’être comme les amies de la garderie, d’être acceptée et, donc, d’être ce qu’il « faut » être), les influencent fortement.
Pourtant, il n’y a rien de mal en tant que tel à adopter quelques stéréotypes féminins. Tant que nos jolies demoiselles ne s’y réduisent pas… Aimer le rose, en soi, n’est pas catastrophique : c’est aussi arbitraire que d’aimer le jaune, le vert ou le bleu! C’est agaçant pour nous parce que nous savons que c’est associé à la féminité. Les princesses répondent à un besoin qu’ont tous les enfants d’être le centre de l’univers, d’être aimés. Là où c’est nocif, c’est lorsque nos petites filles en arrivent à croire que pour être aimées, elles doivent être belles « comme des princesses », qu’elles doivent se comporter sans éclat, sans faire montre d’autre chose que d’une beauté plastique sans défaut.
Comme parents, nous avons la responsabilité d’élargir les horizons de nos enfants, de nourrir leur curiosité, de les aider à explorer ce qui les entoure. C’est vrai dans tous les secteurs de leur vie. Les mettre en contact avec différents arts, nourritures, sports, activités scientifiques, concepts nouveaux les amènera à s’épanouir et à découvrir leurs aptitudes, leurs goûts. La discussion est un bon moyen, aussi : pourquoi ne pas questionner notre Cendrillon sur les raisons qui motivent ses goûts? Nous pouvons aussi l’interroger sur ses croyances par rapport aux rôles des femmes et des hommes et la confronter en lui présentant des contre-exemples. Comme, par exemple, le fait que les princesses sont appelées à diriger des royaumes!
Autrement, il n’y a qu’une chose à faire : prendre son mal en patience! Notre fillette explore. Ce qui est important, c’est de lui proposer aussi autre chose. En bout de ligne, il se peut qu’elle continue d’aimer ce que nous désapprouvons. C’est son droit! Et ce n’est pas nécessairement anti-féministe. Le monde serait plus agréable si certaines qualités traditionnellement associées aux femmes (la beauté et la douceur, par exemple) étaient plus répandues et valorisées. Si on a un malaise avec les goûts de notre fille, on lui en parle avec honnêteté, mais sans jugement (voir l’entrevue d’Élise Gravel). Ne nous restera plus qu’à l’accepter telle qu’elle est!
Pour aller plus loin
Des suggestions de lectures >>
Une entrevue avec Élise Gravel >>
Zig Zag explique la différence entre les filles et les garçons >>
Ces réponses vous ont aidé? Vous voulez les commenter? Vous avez des trucs de parents à partager? Des questions vous turlupinent?
Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
En guise de remerciement, nous enverrons un livre à chaque personne dont la correspondance sera mise en ligne. Nous sommes impatients de vous lire! |